Facilité africaine : une assistance technique en faveur de l’ACFIME

© Didier Gentilhomme

La Facilité Africaine est un dispositif mis en place en 2013 par la Fondation Grameen Crédit Agricole, en partenariat avec l’Agence Française de Développement (AFD), pour accompagner des institutions de microfinance rurales en Afrique subsaharienne.

Ce dispositif, qui s’achève fin 2021, aura permis de réaliser 326 missions d’assistance technique auprès de 26 institutions de microfinance pour un montant total de 3,52 mIn € de subventions.

Retour sur le programme avec l’interview de Gaston Assagwe, Directeur général de l’ACFIME.

L’ACFIME (Agence Communautaire pour le Financement de la Micro Entreprise) est une institution de microfinance de type Tier 3 (portefeuille de crédit < 10 mIn USD) basée au Burkina Faso. A fin décembre 2020, l’institution servaient 21 504 clients pour un encours de crédit de 1,9 mIn €. Elle propose des produits de crédit et d’épargne à une clientèle essentiellement féminine (90%) et vivant principalement en zone rurale (90%).

Dans le cadre du programme d’assistance technique Facilité Africaine, le consultant Pierre Houssou a accompagné l’institution dans l’élaboration d’une cartographie des risques adaptée à ses enjeux et à sa stratégie de développement.

Pourquoi l’élaboration d’une cartographie des risques était-elle importante pour l’ACFIME ?

Institution de microfinance créée en 2007, l’ACFIME a développé ses activités au plan national avec trois agences et sept points de services. Elle a mis en place, dès sa création, un service d’audit interne pour assurer la maîtrise des opérations de l’institution et anticiper les risques. Dans le cadre de la Facilité Africaine, l’institution a été accompagnée par le consultant Pierre Houssou pour l’élaboration d’une cartographie des risques. Aujourd’hui, le suivi périodique de la cartographie permet de s’assurer de l’évolution de chaque risque et de prendre rapidement des mesures pour les corriger.

Qu’attendiez-vous du consultant ? Les résultats ont-ils été à la hauteur de vos attentes ?

Comment déceler un risque, comment l’analyser, comment en mesurer l’importance de façon pérenne et viable pour l’institution ? Grâce à cette mission, le service audit interne a d’abord été formé sur la notion de risques et à l’élaboration d’un plan d’atténuation de ces derniers. Les risques pouvant se trouver dans chaque poste et chaque procédure ou processus, la collaboration de chacun était essentielle pour atteindre le second objectif de la mission : l’élaboration d’une cartographie des risques. L’approche participative utilisée par Pierre Houssou (questions-réponses individuelles, focus groupe, votes, plénières, etc.) a permis à chaque membre de l’ACFIME d’être acteur de ce grand travail de réflexion et d’analyse.

 Quelles auraient pu être les pistes d’amélioration de cette mission ?

La durée de la mission aurait sans doute pu être prolongée. Mais le résultat est très positif, et à l’issue de la mission un comité de gestion des risques a été mis en place au sein de l’ACFIME pour mettre à jour la cartographie de façon autonome. Nous possédons désormais une cartographie précise et adaptée aux risques financiers, opérationnels et stratégiques, ainsi que des outils de gestion performants. Le plan annuel de l’audit interne s’appuie d’ailleurs sur cette cartographie pour faire évoluer l’ACFIME.

En quoi cette cartographie vous a-t-elle aidés à mieux gérer les risques pendant la crise de la Covid-19 ?

Depuis la mise en place de cette cartographie, les risques identifiés ont fait l’objet d’un plan d’atténuation dont la mise en œuvre a permis de prévenir et réduire les risques existants. Dans le contexte de la crise la Covid-19, la cartographie a aidé l’ACFIME à rapidement s’orienter vers des partenaires financiers locaux, comme l’Etat burkinabé, pour faire face au tarissement des financements internationaux, du fait des restrictions de déplacement et des restrictions sanitaires à l’échelle mondiale.

 

BANQUIERS SOLIDAIRES : DEUX MISSIONS « STRATEGIE DIGITALE » A POURVOIR

 

©GODONG

Banquiers Solidaires est un programme de volontariat de compétences lancé par la Fondation Grameen Crédit Agricole et Crédit Agricole S.A. en 2018 avec un double objectif : d’une part, accompagner avec de l’assistance technique les institutions de microfinance et les entreprises à impact financées par la Fondation, d’autre part, valoriser les compétences des collaborateurs du Groupe qui souhaitent s’investir dans des projets d’utilité sociale.

Les missions peuvent se dérouler pendant le temps de travail du Banquier Solidaire (mécénat de compétences) ET/OU pendant les congés (volontariat).

Actuellement deux missions « Stratégie digitale » sont à pourvoir sur le terrain ou à distance :

  • Mission terrain en faveur de Smart Credit (Moldavie)

Smart Credit est une institution de microfinance créée en 2010 par 5 professionnels locaux ayant une même vision : fournir des services financiers à des personnes socialement défavorisées et des petits entrepreneurs moldaves. L’institution compte plus de 3 000 emprunteurs actifs et gère un portefeuille de 4,4 millions d’euros.

Le Banquier Solidaire sélectionné aura pour mission d’évaluer la stratégie numérique de l’institution et de contribuer à la construction de sa stratégie digitale. Une expérience en gestion de projets informatiques et la maîtrise de l’anglais sont nécessaires.

Pour plus d’informations, consultez la fiche mission sur ca-solidaires.fr.

  • Mission terrain ou à distance en faveur d’OXUS (Kirghizstan)

OXUS Kyrgyzstan (OKG) est une institution de microfinance qui fournit des services financiers aux travailleurs pauvres et aux personnes sous-bancarisées au Kirghizstan. L’institution sert 8 000 emprunteurs actifs et gère un portefeuille de 6,4 millions d’euros.

Le Banquier Solidaire sélectionné aura pour mission d’accompagner OKG dans l’évaluation des procédés relatifs à la digitalisation et dans la construction d’une nouvelle stratégie digitale incluant un plan d’action détaillé. Une expérience dans la gestion de projets informatiques et idéalement dans des projets de digitalisation est nécessaire. La maitrise de l’anglais est obligatoire, la connaissance du russe serait un plus.

Pour plus d’informations, consultez la fiche mission sur ca-solidaires.fr.

Pour postuler, envoyez votre CV et lettre de motivation (ou 2 paragraphes présentant vos motivations) à :

 

 

[TEMOIGNAGE] UN BANQUIER SOLIDAIRE AU CAMBODGE

©Philippe Lissac/GODONG

Lancé par la Fondation Grameen Crédit Agricole et Crédit Agricole S.A. en 2018, Banquiers Solidaires est un programme de volontariat de compétences ouvert à tous les collaborateurs du groupe Crédit Agricole en faveur d’institutions de microfinance ou d’entreprises à impact soutenues par la Fondation.

Découvrez la tribune de Jean Baptiste Bounes, Banquier Solidaire de SODICA, qui a effectué entre 2020 et 2021 une mission à distance en faveur de Phare Performing Social Enterprise (PPSE).

Lutter contre la pauvreté à travers l’entrepreneuriat

La Fondation Grameen Crédit Agricole et plus précisément le programme Banquiers Solidaires m’ont été présentés par Eric Campos lors d’une plénière d’entreprise CACIF en décembre 2019. J’ai tout de suite été séduit par les missions de lutte contre la pauvreté via la promotion de l’entrepreneuriat à impact social et de la finance inclusive dans les pays en développement. Je me suis alors rapproché de la Fondation afin de recevoir les différentes offres Banquiers Solidaires et de postuler à celles en ligne avec mes motivations et mes compétences.

Après avoir passé plusieurs entretiens menés par l’équipe de la Fondation, j’ai été sélectionné pour conseiller PPSE au Cambodge dans sa stratégie de levée de fonds.

La mission proposée répondait en tout point à mes attentes : pouvoir mettre mes compétences au profit d’un projet à fort impact social dans un contexte difficile lié à la Covid-19; découvrir une nouvelle culture et sortir de ma zone de confort professionnelle.

Tout l’enjeu de cette mission était de pouvoir réussir à collaborer à distance sur une longue période tout en maintenant une intensité dans le processus de levée de fonds.

Une mission à distance en période de pandémie

Du fait des restrictions liées au contexte sanitaire, j’ai participé via mon intervention auprès de PPSE à la première mission Banquiers Solidaires à distance de la Fondation.

Contrairement aux missions terrain qui se déroulent généralement sur deux semaines consécutives, ma mission a été réalisée sur le rythme d’un jour par semaine sur 15 semaines. Ce calendrier était mieux adapté à une opération de levée de fonds, me permettant ainsi d’être présent aux côtés du dirigeant et des actionnaires sur la durée.

Un réel travail de pédagogie a été effectué lors des premiers échanges pour s’assurer que le niveau de compréhension des différents enjeux était le même pour chaque participant.

Par ailleurs, des points hebdomadaires ont été organisés afin de maintenir une collaboration étroite malgré la distance. La définition en amont des différentes étapes du processus a également facilité son bon déroulement. Cette planification a permis à la Fondation d’envisager de nouvelles missions à distance de manière sereine.

Le volontariat de compétences : une expérience à renouveler

Cette expérience a été très enrichissante, tant sur le plan humain que d’un point de vue professionnel.

Tout d’abord, la réelle autonomie qui m’a été confiée m’a permis de me poser les bonnes questions, de m’affirmer et de prendre confiance en moi pour mener à bien les missions quotidiennes. Cette expérience a sans aucun doute marqué un tournant dans ma carrière professionnelle.

J’ai aussi eu la chance de travailler aux côtés d’une entreprise à fort impact social et de fonds d’Impact Investing, ce qui me tenait réellement à cœur tant je trouve cet univers passionnant et porteur.

Cette mission m’a également beaucoup apporté sur le plan humain. J’ai découvert une culture très différente et fait des rencontres inspirantes et enrichissantes.

Je souhaiterais particulièrement remercier Dara Huot, CEO de PPSE, pour son extrême générosité, sa bienveillance et sa confiance. L’investissement en termes de temps et de charge de travail est certes conséquent, mais si c’était à refaire, je le referais sans hésiter.

 

 

Facilité Africaine : une assistance technique en faveur de GRAINE SARL

© Didier Gentilhomme

 

La Facilité Africaine est un dispositif mis en place en 2013 par la Fondation Grameen Crédit Agricole, en partenariat avec l’Agence Française de Développement (AFD), pour accompagner des institutions de microfinance rurales en Afrique subsaharienne.

Retour sur ce programme à travers le témoignage d’Eléonore Marie Céline Compaore-Gyebre, Gérante de GRAINE SARL.

Créée en 2006, l’institution de Microfinance burkinabé GRAINE SARL (Groupe d’Accompagnement à l’INvestissement et à l’Epargne) est une organisation de type Tier 3 (portefeuille de crédit < 10 mIn USD). A fin décembre 2020, GRAINE SARL proposait des produits de crédit de groupe et individuels à 17 926 clients, composés essentiellement de femmes (75%), vivant en zone rurale (66%), pour un encours de crédit de 4,9 mIn €.

Dans le cadre du programme d’assistance technique Facilité Africaine, GRAINE SARL a été soutenue tout au long de son processus de transformation digitale. Le consultant Thomas Carrié a ainsi accompagné l’institution dans la mise en place d’un nouveau logiciel intégré de gestion de l’information en cloud, la migration sécurisée des données et la formation des utilisateurs.

Pourquoi la mise en place d’un nouveau Système d’Information et de Gestion (SIG) était-elle importante pour GRAINE SARL ?

En 2018, nous étions arrivés à un niveau de croissance qui nécessitait un logiciel de gestion de l’information plus performant que celui que nous utilisions. La consolidation des données et la production de reporting étaient devenues irréalisables dans les délais requis. De plus, au regard de l’étendue du réseau (6 agences et 29 points de service), nous souhaitions développer des produits financiers innovants pour mieux répondre aux besoins de la clientèle et améliorer notre rentabilité. L’acquisition d’un nouveau logiciel intégré nous a permis d’interconnecter tous les guichets ainsi que le siège. Cet outil nous a permis d’avoir une vision consolidée des informations collectées sur le terrain en temps réel, de fiabiliser la collecte des données, de la sécuriser et de développer de nouveaux produits.

Qu’attendiez-vous du consultant ? Les résultats ont-ils été à la hauteur de vos attentes ?

Au-delà de l’acquisition de ce nouveau logiciel, nous avions besoin de quelqu’un connaissant bien le secteur de la microfinance et les problématiques liées à la digitalisation. Thomas Carrié, en binôme avec Yempabou Samuel Nidjergou, basé à Ouagadougou, nous ont très bien accompagné, depuis la définition des besoins jusqu’au paramétrage et au déploiement du logiciel. Puis ils nous ont permis de gérer la migration des données et la formation des utilisateurs, et ce en respectant les délais impartis ! Nous sommes très satisfaits de la prestation, tant sur le savoir-faire que sur le savoir-être des consultants.

Quel bilan faites-vous de cette mission et quelles auraient pu être les pistes d’amélioration ?

Avant, chaque guichet fonctionnait de façon non centralisée, et le SIG comportait des lourdeurs. Comme tout était manuel, la vérification était difficile et le risque d’erreur important. Par ailleurs, la surveillance et la maintenance de l’ensemble des serveurs avaient un coût conséquent. La centralisation des données grâce au nouveau SIG en cloud nous permet de suivre la situation des opérations au jour le jour et de garantir la sécurité et la fiabilité des informations collectées. Le SIG nous a ainsi apporté un gain de temps, d’argent et de sécurité. Celui-ci nous donne aujourd’hui entière satisfaction, même si les mises à jour sont parfois défaillantes à cause des baisses de tension ou de la mauvaise connexion internet dans le pays.

Grâce au SIG, avez-vous amélioré la satisfaction client ou développé de nouveaux produits ou services ?

La fiabilité de l’information est désormais optimale, et nous obtenons 90% de satisfaction auprès des clients. Le nouveau SIG nous a permis de proposer de nouveaux services de proximité comme la digitalisation de la collecte de la tontine (collecte journalière de l’épargne), la mise en place du SMS Banking[1] et la possibilité de réaliser des décaissements de crédit ou des dépôts d’épargne quel que soit le point de service. Nous souhaitons renforcer la digitalisation de la collecte des informations. Pour cela, nous équiperons nos agents de tablettes numériques pour qu’ils puissent enregistrer, sur le terrain, toutes les informations concernant les potentiels clients.

 

[1] Le SMS Banking est une forme de Mobile Banking permettant à des IMF d’envoyer des messages sur les téléphones portables de leurs clients. Ce service permet également aux clients de réaliser certaines opérations par SMS (par exemple : effectuer un dépôt ou un retrait d’épargne).

La Fondation, partenaire de la 1ère édition du Baromètre de la finance à impact

 

La Fondation Grameen Crédit Agricole est partenaire de la première édition du Baromètre de la finance à impact lancée lors du Forum mondial Zéro Exclusion, Zéro Carbone, Zéro Pauvreté le 2 septembre 2021. Cette publication, coordonnée par Convergences, est le résultat d’un travail collectif regroupant des experts de la finance à impact, des analystes, des investisseurs et des institutions de microfinance. Elle confronte différentes visions de l’investissement à impact et de l’inclusion financière dans le monde.

Avec pour thème « financer les transitions sociales et environnementales », ce Baromètre présente les chiffres clés du secteur et les leviers pour le développement d’une finance inclusive au service des populations et de la planète. Comment rediriger les financements vers un projet à impact ? Comment mettre en relation investisseurs et porteurs de projets ? Y-a-t-il une mesure commune de l’impact ?

Cette édition revient également sur l’enjeu de l’inclusion financière face à la crise de la Covid-19, et notamment l’impact de cette crise sur les institutions de microfinance.

Edouard Sers, Directeur Risques & Impact de la Fondation est intervenu sur ce sujet lors du Forum mondial 3Zero :

« La crise de la Covid-19 a eu un impact important sur les institutions de microfinance (IMF) partenaires de la Fondation Grameen Crédit Agricole, impact qui est à nuancer en fonction de la région et des pays touchés. Les deux conséquences financières principales de la crise ont été une hausse généralisée du risque crédit qui a impacté la rentabilité (surtout en 2020) et par conséquent un impact sur les fonds propres. En début d’année, 60% des IMFs interrogées pensaient avoir besoin de nouveaux fonds propres. En milieu d’année 2021, les dernières enquêtes que nous avons menées montrent qu’une IMF sur cinq est encore à la recherche d’une solution pour se recapitaliser convenablement. En revanche, il n’y a pas eu de crise généralisée de liquidité et, malgré la perte de rentabilité pour beaucoup, le secteur a fait globalement preuve de responsabilité en maintenant les emplois. Nous restons donc optimistes étant donné la grande capacité de résilience du secteur. Afin de soutenir ses partenaires, la Fondation continue à développer son offre de financement et d’assistance technique. Elle partage également régulièrement les conclusions de son Observatoire Covid-19 basé sur des enquêtes menées en partenariat avec ADA et Inpulse pour collecter le ressenti des acteurs sur le terrain. »

Découvrez le Baromètre ici .

Découvrez le rapport de la Fondation Grameen Crédit Agricole : « L’impact de la crise Covid-19 sur les institutions de microfinance. Constats et perspectives ».

 

 

La Fondation œuvre en faveur de l’inclusion financière des réfugiés

© Didier Gentilhomme

Depuis 2019, la Fondation Grameen Crédit Agricole, l’Agence suédoise de développement et coopération Internationale (Sida) et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) unissent leurs forces pour soutenir les populations réfugiées en Ouganda.

La Fondation a été sélectionnée par l’Agence Suédoise de Développement et de Coopération Internationale (Sida) et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) pour la conception et la coordination d’un programme innovant ayant pour objectif d’améliorer les moyens de subsistance, la résilience et l’inclusion financière des réfugiés et des communautés d’accueil en Ouganda.

Hanadi Tutunji, Financial Inclusion Officer au sein du HCR revient sur ce programme commun sur quatre ans.

En quoi l’inclusion financière est-elle une solution durable pour les réfugiés en Ouganda ?

L’Ouganda accueille environ 1.5 million de réfugiés et de demandeurs d’asile, ce qui en fait le premier pays d’accueil en Afrique, et le troisième dans le monde. C’est l’un des pays avec les politiques d’accueil les plus progressives au monde, et l’un des pays leaders pour la mise en place du Cadre d’Action Globale pour les réfugiés (CRRF) et du Global Compact on Refugees (GCR). En Ouganda, les réfugiés vivent dans des campements proches des communautés d’accueil, et ont accès aux même services publics nationaux, en matière de santé, d’éducation, d’accès à l’eau, de moyens d’existence et d’assainissement. Les réfugiés sont par ailleurs libres de leurs mouvements, ont le droit de travailler, et ont été inclus dans le Plan National III pour le Développement du pays.

Une grande majorité des réfugiés (94%) vit dans 13 campements, situés dans le Sud-Ouest et le Nord du pays. Les 6% restants vivent en zone urbaine, près de Kampala. Malgré les politiques progressistes et inclusives de l’Ouganda, le taux de pauvreté des réfugiés est près de deux fois plus élevé que celui des communautés d’accueil, ce qui crée des défis pour la coexistence pacifique des communautés, et des problématiques de sécurité, en particulier pour les femmes, les filles et les personnes ayant des besoins spécifiques.

En 2020, le Programme Alimentaire Mondial a réduit de 30% les rations alimentaires pour les populations réfugiées, en raison d’un manque de financements. L’impact de cette réduction des rations alimentaires a été accru par la crise de la COVID-19, et du confinement national. Suite au confinement, 13% des réfugiés ont dû cesser de travailler (en particulier ceux vivant dans les zones urbaines), ce qui a encore accru leur insécurité alimentaire et financière.

Des solutions durables doivent donc être trouvées pour relever les défis humanitaires et de développement auxquels l’Ouganda est confronté, notamment en raison du nombre important de réfugiés en situation de déplacement prolongé.

L’inclusion financière permet de favoriser l’accès des réfugiés aux systèmes financiers, de développer l’activité économique et de promouvoir les micro-entreprises et l’auto-emploi. Les services financiers et non financiers proposés aux réfugiés les aident à subvenir à leurs besoins de manière durable. Il est donc important de s’engager auprès du secteur privé et de faciliter son action pour développer et fournir des services financiers sur mesure aux réfugiés, y compris l’accès aux services d’épargne, de prêts, d’assurances et de transferts de fonds.

Pouvez-vous expliquer les spécificités du programme ?

Le programme vise à améliorer l’accès au crédit des réfugiés et de leurs communautés d’accueil afin qu’ils puissent développer des activités génératrices de revenus. A terme, l’objectif du programme est d’améliorer la résilience d’environ 100 000 ménages parmi ces populations.

Ce programme, qui tire parti de financements mixtes (capitaux publics et privés), comprend trois volets : un fonds de garantie des prêteurs, un financement de la dette pour trois institutions de microfinance (IMF) et une assistance technique pour les IMF et les réfugiés.

Le HCR partage des données socio-économiques, facilite l’accès aux réfugiés, forme le personnel des IMF sur les besoins des réfugiés et leur protection, et supervise la participation des réfugiés aux formations financières et commerciales. La Fondation Grameen Crédit Agricole, avec le soutien financier de Sida, assure le volet Assistance Technique du programme qui vise notamment à offrir aux réfugiés des services non financiers, tels que la formation commerciale et l’éducation financière. L’assistance technique permet par ailleurs de couvrir une partie des coûts initiaux de mise en place encourus par les IMF pour étendre leurs opérations de prêt aux réfugiés.

Grâce au programme, les IMF ont pu ouvrir de nouvelles agences dans les districts de Moyo (campement de Parlorinya), Yumbe (campement de Bidibidi) et Isingiro (campement de Nakivale) où vivent de nombreux réfugiés. A fin mars 2021, 14 777 prêts avaient été accordés par les IMF bénéficiaires du programme, dont 6 423 prêts (44%) aux populations réfugiées. 19 294 personnes avaient par ailleurs bénéficié de formations. Le programme s’adressant à la fois aux réfugiés et à leur communautés d’accueil, il facilite les liens entre les communautés, favorisant ainsi leur coexistence pacifique.

Quelles sont les priorités et les perspectives du HCR en matière d’inclusion financière dans le monde ?

Les besoins financiers des réfugiés évoluent dans le temps, allant du financement des moyens de survie au moment de leur arrivée à des services plus complets tels que l’épargne, les paiements et le crédit dans un deuxième temps.

L’inclusion financière représente un tremplin pour passer de l’aide humanitaire au développement d’activités pérennes. Le HCR veille à ce que les réfugiés ainsi que les personnes vulnérables dans les communautés d’accueil aient accès à des services financiers abordables et adaptés, et que des prestataires de services financiers responsables fournissent ces services.

Pour renforcer l’inclusion financière, le HCR souhaite à l’avenir étendre ses partenariats, continuer à soutenir et motiver ses partenaires à fournir des services durables aux réfugiés et les accompagner dans leur mission de plaidoyer pour améliorer le cadre réglementaire.

 

 

[INTERVIEW] Facilité Africaine : une assistance technique en faveur de MLF Zambie

© MicroLoan Foundation (Zambia)

La Facilité Africaine est un dispositif mis en place en 2013 par la Fondation Grameen Crédit Agricole, en partenariat avec l’Agence Française de Développement (AFD), pour accompagner des institutions de microfinance rurales en Afrique subsaharienne.

Ce dispositif, qui s’achève fin 2021, aura permis de réaliser 326 missions d’assistance technique auprès de 26 institutions de microfinance pour un montant total de 3,52 mIn € de subventions.

 Retour sur ce programme à travers le témoignage de Jack Ngoma, Directeur Exécutif de MLF Zambie.

Créée en 2008, MLF Zambie est une institution de microfinance de type Tier 3 (portefeuille de crédit < 10 mIn USD). A fin décembre 2020, l’institution propose des produits de crédit et des formations à une clientèle composée de presque 23 000 femmes, vivant en zone rurale, pour un encours de crédit de 830 217€. Dans le cadre du programme d’assistance technique de la Facilité Africaine, MLF Zambie a été accompagnée pour élaborer un plan d’affaires pour la période 2021-2025. Le consultant en charge de la mission, Thomas Lendzian, du Cabinet Tukumuka Consulting, a permis à l’institution de cadrer sa stratégie, de définir un plan d’action opérationnel afin notamment de permettre à MLF Zambie de se développer dans de nouvelles zones et de trouver de nouvelles sources de financement.

 Pourquoi l’élaboration d’un plan d’affaires était-elle importante pour votre institution ?

Un regard extérieur était nécessaire pour analyser en profondeur le marché de la microfinance en Zambie, pour nous permettre de nous positionner clairement et pour renforcer notre compétitivité. Par ailleurs, nous souhaitions pouvoir communiquer de façon efficace sur nos objectifs à long terme auprès des parties prenantes, dont certains sont de potentiels investisseurs. Le soutien de la Fondation Grameen Crédit Agricole a été très utile à chaque étape de la mise en place du plan d’affaires.

 Qu’attendiez-vous du consultant ? Les résultats correspondent-ils à vos attentes ?

Nous cherchions un cabinet dont l’expertise en microfinance et l’expérience terrain nous permettraient d’améliorer le processus de planification de nos activités. Thomas Lendzian, du cabinet de conseil local Tukumuka Consulting, avait le profil idéal et il s’est avéré que ce recrutement fut particulièrement judicieux et pertinent. Nous avons apprécié sa connaissance des différentes régions d’Afrique et de la Zambie en particulier, ainsi que sa compréhension des stratégies et des tendances du secteur. Le plan d’affaires nous a permis de mieux comprendre le secteur local et de définir précisément nos projections de croissance. Nous sommes désormais armés face à la concurrence, et avons clarifié nos objectifs à long terme. L’élaboration de ce plan d’affaires nous a également permis de communiquer plus clairement sur nos objectifs organisationnels auprès de notre personnel et des parties prenantes, et de nous adresser à des investisseurs identifiés comme étant pertinents.

 Quelles sont les priorités définies dans le business plan ? 

Parmi les piliers stratégiques du plan d’affaires élaboré sur cinq ans, nous visons une croissance significative, avec pour objectif de servir 80 000 clients d’ici 2025. Nous souhaitons par ailleurs renforcer notre efficacité opérationnelle grâce à une méthodologie de prêt révisée utilisant les réseaux d’agents et la technologie intelligente. Nous misons également sur la diversification des produits pour permettre aux clients d’accéder à des produits de crédit flexibles et adaptés à leurs activités – notamment agricoles. Grâce à la formulation de ce plan d’affaires, nous espérons par ailleurs mettre en place des partenariats stratégiques avec des investisseurs et des partenaires commerciaux pertinents. Enfin, le renforcement de l’impact social de MLF Zambie, notamment via la fidélisation des clients et l’amélioration des conditions de vie des femmes, est un objectif majeur pour les années à venir.