Banquiers solidaires : une nouvelle mission à pourvoir au Sénégal

Lancé par la Fondation Grameen Crédit Agricole et Crédit Agricole S.A, Banquiers Solidaires est un programme de volontariat de compétences ouvert aux collaborateurs du Groupe en faveur d’institutions de microfinance ou d’entreprises à impact. L’objectif de ce programme est double : il permet de valoriser les compétences des collaborateurs du groupe Crédit Agricole et d’apporter un soutien complémentaire aux institutions de microfinance et entreprises à impact partenaires de la Fondation. Grâce à ce dispositif, le groupe Crédit Agricole réaffirme sa volonté de soutenir les initiatives solidaires des collaborateurs.

Les missions Banquiers solidaires, qu’est-ce que c’est ?

Des missions de bénévolat à l’étranger sont proposées aux collaborateurs pour le compte d’institutions de microfinance ou d’entreprises à impact social, partenaires de la Fondation Grameen Crédit Agricole.

Les missions sont réalisées en mécénat ou bénévolat de compétences. Le billet d’avion et l’assurance sont pris en charge par Crédit Agricole S.A. Les éventuels frais de transports internes, les dépenses de restauration et d’hébergement sont payés par l’organisation bénéficiaire. La Fondation Grameen Crédit Agricole assurera la préparation et la coordination de la mission.

Depuis le lancement du programme en 2018, quatorze missions ont été réalisées tant en mécénat que bénévolat de compétences.

Une mission à pourvoir !

Une mission de dix jours sur le terrain en matière de support RH est à pourvoir en faveur d’Oshun au Sénégal pour le dernier trimestre 2020.

Oshun Sénégal a été créé en mars 2018, peu de temps après sa maison-mère Oshun en France. Oshun propose des solutions inclusives permettant aux populations les plus sensibles un accès à l’eau tout en favorisant la mise en place d’un écosystème local communautaire et vertueux. L’entreprise se distingue par ses innovations en termes de développement rural, de connectivité et de traitement de l’eau.

Oshun Sénégal est passé de 1 à 20 employé en à peine plus de 2 ans (Juin 2018 –Août 2020). Oshun Sénégal achève un processus de structuration avec notamment le recrutement fin août d’un Responsable Administratif et Financier (RAF) dont la mission sera de piloter l’ensemble des fonctions support d’Oshun Sénégal (comptabilité, finance, RH, logistique, achats) et de permettre à l’entreprise de gagner en autonomie administrative vis-à-vis de la maison mère.

Objectifs de la mission :

  • Organisation et formation de l’équipe
  • Définition et maitrise de règles et procédures RH
  • Mise en place d’outils de suivi

Comment y postuler ?

  • Cliquez sur le lien ci-contre “Trouver sa mission”
  • Rentrez dans la barre de recherche : “Fondation Grameen”. Toutes les missions Banquiers solidaires apparaîtront !
  • Cliquez sur l’offre de votre choix, vous y trouverez toutes les informations nécessaires à votre candidature.

Contact

Carolina HERRERA
Directrice Communication & Partenariats
carolina.herrera@credit-agricole-sa.fr

Carnet de voyage d’une Banquière solidaire au Kenya

Par Eva Hoglund, Directrice financière chez EFL (Pologne)

Lancé par la Fondation Grameen Crédit Agricole et Crédit Agricole S.A. en 2018, Banquiers solidaires est un programme de volontariat de compétences ouvert à tous les collaborateurs du groupe Crédit Agricole en faveur d’institutions de microfinance ou d’entreprises à impact soutenues par la Fondation. Découvrez la tribune de Eva Höglund, Banquière solidaire de Crédit Agricole qui est partie en 2019 au Kenya accompagner Musoni, institution de microfinance financée par la Fondation.

 

Début de l’aventure

Quand j’ai découvert la mission Banquiers solidaires en faveur de l’institution de microfinance Musoni au Kenya, cela a tout de suite été une évidence pour moi : cette mission était faite pour moi. L’objectif de la mission était d’accompagner Musoni dans la mise en place d’un système de planification et suivi stratégique. Non seulement il s’agissait d’une très belle mission de solidarité et de partage, dans un pays que je ne connaissais pas, mais j’avais également l’impression que les qualités recherchées et l’expérience souhaitée étaient une description de mon propre parcours professionnel. Aussitôt, j’ai récolté le maximum d’informations sur Musoni et sur la Fondation Grameen Crédit Agricole.

Rapidement après avoir postulé, j’ai eu la conformation que ma candidature avait été retenue et j’ai toute de suite commencé à préparer ma mission. L’équipe de la Fondation Grameen Crédit Agricole a été d’un vrai soutien durant cette première phase : nous avons établi ensemble les objectifs et l’agenda de la mission. S’en est suivi une lecture des documents de présentation de Musoni et de son plan stratégique.

Durant l’été précédant la mission, j’ai également eu de nombreux échanges et conférences téléphoniques avec Musoni afin que l’on s’assure un bon partage des objectifs et une vision commune sur la méthode de travail à suivre. De mon point de vue, une très bonne préparation est essentielle et cette phase a été la clé du succès de ma mission.

 

Direction le Kenya

Le 26 octobre 2019, départ pour le Kenya pour 15 jours de mission sur le terrain. Je partais pour une mission en ligne avec mes compétences et connaissances du secteur de la microfinance, mais dans une structure et un contexte culturel différents de mon quotidien. Ce ne fut donc pas sans un peu d’appréhension que j’atterrissais à Nairobi. L’accueil de David Camara, conseillé en investissement à la Fondation, précédemment rencontré à Montrouge, a été rassurant.

Dès le lundi matin nous avons débuté par la réunion de lancement de mission terrain avec la participation de tous les employés de Musoni qui allaient contribuer à établir le dispositif de planification et suivi stratégique. La présence de Stanley Munyao, Directeur général de Musoni et de David, représentant la Fondation, a été importante pour souligner l’importance du projet. Musoni s’est donné tous les moyens pour réussir en missionnant Amina Jaberney, une consultante qui allait m’accompagner pendant mon séjour sur le terrain afin d’ assurer l’implémentation opérationnelle une fois ma mission terminée.

Durant la première semaine Amina et moi avons conduit des interviews avec la Direction de Musoni, ainsi qu’avec des employés d’agences. Nous avons compilé les points clés à retenir et les avons traduits en vecteurs cohérents avec la mission et la vision de Musoni. La deuxième semaine consistait à valider et s’assurer de l’adhérence de Musoni au système de gestion stratégique proposé. Afin d’être certains que la mission se déroulait conformément aux attentes, nous tenions, tous les deux jours, des Comités de pilotage avec le Directeur général. Lors de mon dernier jour sur le terrain, nous avons pu présenter un jeu complet du dispositif validé par la Direction de Musoni.

 

De retour à Paris

Une fois ma mission achevée, Amina a pris le relai avec Judy Ndungu, Directrice des Ressources Humaines de Musoni. La réunion d’implémentation finale, réunissant tous les employés, s’est tenue le 13 juillet 2020. L’évaluation de performance du 1er semestre sera exécutée sur la base de notre travail. Quelle satisfaction !

Je suis très heureuse d’avoir saisi cette opportunité offerte par le Crédit Agricole et la Fondation Grameen Crédit Agricole. Cette mission restera une expérience inoubliable. Elle m’a permis de vivre de l’intérieur le fonctionnement d’une entreprise de microfinance sur un marché en pleine évolution. J’ai fait de très belles rencontres et je suis fière du résultat que nous avons pu obtenir, ensemble, en si peu de temps.

 

Source : Lettre #36, Fondation Grameen Crédit Agricole. A télécharger ici

La Fondation publie La Lettre N.36

La Fondation Grameen Credit Agricole publie sa Lettre N.36. Cette fin de mois de juillet marque le 5e mois de crise sanitaire et économique mondiale. Tous les pays ont été touchés mais pour autant, à l’instar de l’impact des phénomènes climatiques extrêmes, la crise sanitaire est profondément inégalitaire dans la mesure où elle affecte plus lourdement les populations les plus fragiles.

Dès la fin du mois de février dernier, les équipes de la Fondation Grameen Crédit Agricole se sont mobilisées autour de plusieurs actions majeures. D’abord et avant tout, nous avons établi un dialogue rapide et permanent avec les organisations soutenues pour pouvoir comprendre les effets de la crise, les mesures prises et leurs besoins en conséquence. Ensuite, nous avons adapté nos outils de suivi et d’analyse et nos demandes d’information s’agissant notamment des plans de continuation d’activité et des plans de trésorerie à court terme. En parallèle, nous avons animé une coordination internationale de prêteurs et d’acteurs de la finance inclusive pour agir ensemble, en concertation, afin de prévenir tout choc de liquidité qui aurait déstabilisé le secteur. Enfin, nous avons régulièrement publié des articles sur l’Observatoire Covid-19 et sur les réseaux sociaux afin de partager nos analyses et d’informer les parties prenantes.

Cinq mois après le début de la crise, nous avons le sentiment que cette première vague a été bien gérée par les institutions de microfinance qui ont toutes fait preuve d’un grand professionnalisme. Nous tenons également à souligner l’accompagnement et l’écoute remarquable de nos propres financeurs : l’Agence Française de Développement, Proparco, la Banque européenne d’investissement, le Crédit Agricole et ses entités Crédit Agricole CIB et Amundi. La résilience du secteur, remarquable, a été sans aucun doute renforcée grâce à ces actions concertées et convergentes entre bailleurs de fonds et institutions de microfinance intervenant sur tous les terrains du globe.

Dans cette édition de la Lettre, vous découvrirez, entre autres, les détails de la Coalition internationale coordonnée par la Fondation face à la crise du Covid-19 et deux projets que nous avons lancés pendant cette période complexe : le nouveau site internet et le 1er Rapport d’impact de la Fondation.

Nous continuons à suivre les effets de la crise sanitaire avec la plus grande attention et notre mobilisation, sur laquelle vous savez pouvoir compter, est de tous les instants.

Téléchargez la Lettre N.36 ici.

L’entreprise à capital coopératif, un modèle pour le « monde d’après »

Par Éric Campos, DG, Fondation Grameen Crédit Agricole & Bagoré Bathily, PDG, Laiterie du Berger

Le choc planétaire de 2020 montre l’absolue nécessité de repenser notre système économique. Les urgences sanitaires et climatiques ne laissent plus le choix. Sans changement structurant, les risques de tensions sociales, politiques ou environnementales deviendront chaque jour plus importants.

Nous soumettons au débat collectif l’idée d’un modèle d’entreprise socialement différent : l’entreprise à capital coopératif, une entreprise dont la rémunération du capital se partage entre l’actionnariat et le salariat grâce à un montage permettant aux salariés de percevoir directement une partie des dividendes, en cas de distribution. La détention du capital est un facteur d’exclusion des populations, notamment vis-à-vis des jeunes générations, force de travail. Si l’on souhaite construire un avenir durable et harmonieux, il est crucial de résoudre la question d’une redistribution équitable de la valeur créée par la croissance et donc par l’entreprise.

Aujourd’hui, l’actionnariat possède la propriété du capital, le salariat en fournit l’exploitation. Leurs destins sont intimement corrélés, pourtant aucun lien direct n’existe vraiment entre eux. Nous pensons possible de les réunir en instaurant une convergence de leurs intérêts, grâce à des règles nouvelles où les salariés deviennent usufruitiers d’une partie du capital de l’entreprise. Les actionnaires apportent les fonds, les travailleurs délivrent la valeur ajoutée. Et finalement, chacun mérite sa part.

L’idée est là, elle peut paraître iconoclaste mais elle est au fond réaliste : celle d’une entreprise dont les dividendes sont désormais partagés entre actionnaires et salariés de manière fondamentale par l’attribution aux salariés d’une part d’usage du capital.

C’est ce que nous appelons l’entreprise à capital coopératif. Pour le devenir, l’entreprise intègre dans ses statuts une disposition particulière qui permet aux salariés de percevoir une part sur les bénéfices en cas de déclenchement de dividendes. Elle leur accorde ainsi une place d’actionnaire usufruitier. Quant à eux, les actionnaires restent porteurs des capitaux et sont propriétaires des titres, à la différence près qu’ils décident de se placer en nu-propriétaires pour une partie spécifique du capital dont ils cèdent la valeur de rendement au collectif salarial. Pour ce faire, ils acceptent une diminution de la valeur nominale de leur part – par exemple par l’effet d’une augmentation de capital en émission de titres – et en cèdent la différence à ceux qui « fabriquent la croissance », les salariés. Idéaliste ? Étonnant ? Bizarre ? Non, loin de là.

Certes, l’actionnaire-investisseur doit supporter un « coût ». Il lui est demandé de payer une sorte de « ticket d’accès » au capital productif. Mais cela n’a rien de confiscatoire. Sans perte de propriété, il fait le choix d’investir dans une autre forme de valeur : l’humain. Son pari est que, portée par une cohésion renforcée, l’entreprise pourra mieux croître et mieux se valoriser à terme. C’est un raisonnement entrepreneurial de réconciliation dynamique.

Un tel système présente bien des avantages. Pour les salariés, il y a là de toute évidence l’accès direct à un nouveau canal de valeur redistribuée dans un esprit de coopération socialement juste. C’est essentiel dans un contexte mondial où l’écart entre les plus riches et les classes moyennes n’a cessé de s’aggraver ces dernières décennies.

Pour les actionnaires, il y a là un rôle innovant à préempter, celui de rendre possible l’inclusion de la valeur travail dans la création de richesse capitalistique, procurant ainsi à l’investissement une dimension entrepreneuriale et sociétale par-delà sa finalité financière. Il est démontré que des investissements pilotés en termes environnementaux, sociétaux et de gouvernance (critères ESG) ont un potentiel de performance. Et surtout un avenir.

Pour les entreprises enfin, et notamment celles dont le projet s’inscrit en mission de responsabilité sociétale, il y a là un vecteur de résilience. Elles se mettent en position de ne plus considérer l’emploi comme une variable d’ajustement mais l’instituent comme un gène légitime et structurant. En acceptant de placer au même rang l’actionnaire et le salarié, c’est un nouvel équilibre, un dialogue prometteur qui va s’instaurer. C’est, en quelque sorte, la Cité qui entre dans l’Entreprise.

L’économie coopérative représente depuis longtemps une réponse aux excès des époques qu’elle traverse. Sa longévité s’explique par ses capacités d’adaptation et d’hybridation. Elle a développé de nombreuses branches. Notre proposition en est une traduction actuelle, un pas de côté, un bourgeon sur l’arbre.

L’entreprise à capital coopératif va bien au-delà des mécanismes d’intéressement et de participations salariales qui consistent à verser une prime liée à la performance de l’entreprise ou représentant une quote-part de ses bénéfices. Le capitalisme coopératif agit sur la pierre angulaire de l’entreprise, son capital, par une co-responsabilisation des parties prenantes. Le collectif salarial accède au rang de l’actionnaire qui lui, sans perdre ses prérogatives, inscrit sa gouvernance dans une démarche d’ouverture et de convergence d’intérêts. La transparence, en matière d’impact social et environnemental constitue un impératif pour l’entreprise à capital coopératif : la mesure et le contrôle des performances dites extra-financières ainsi que leur publication en seront l’instrument.

Dans les entreprises sociales ou les entreprises à mission dans lesquelles nous intervenons en tant que dirigeants ou administrateurs, nous observons à quel point le souci de l’inclusion économique pousse l’entreprise à conjuguer ses intérêts et ceux de son écosystème. Cela se vérifie dans de nombreux endroits de la planète où nous sommes engagés, notamment en Afrique subsaharienne au contact d’éleveurs et de filières agroalimentaires. L’inclusion économique est sans conteste une voie à poursuivre pour redonner aux sociétés humaines les chemins éclairés, l’espoir dont elles ont besoin. Il n’y a pas d’utopie à concevoir cela, mais la conviction libérale et citoyenne que le monde ne peut se construire autrement que les uns avec et pour les autres.

Tribune complète ici

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Éric Campos est Délégué général de la Fondation Grameen Crédit Agricole, fondation spécialisée dans la microfinance et l’entrepreneuriat social, et Directeur de la RSE de Crédit Agricole SA. Bagoré Bathily est Président-Directeur général fondateur de la Laiterie du Berger, entreprise sociale de valorisation de la filière lait, au Sénégal.
(Co-rédaction : Julien Foulc)

La crise Covid-19 : des impacts variés selon la taille des Institutions de Microfinance


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ADA, Inpulse et la Fondation Grameen Crédit Agricole se sont associés pour suivre et analyser les effets de la crise liée au Covid-19 chez leurs institutions de microfinance partenaires dans le monde. Ce suivi est réalisé périodiquement et le sera tout au long de l’année 2020 afin d’avoir une meilleure vision de l’évolution de la situation. Avec cette analyse régulière et approfondie, nous espérons contribuer, à notre niveau, à la construction de stratégies et de solutions adaptées aux besoins de nos partenaires, ainsi qu’à la diffusion et à l’échange d’informations entre les différents acteurs du secteur.

Les résultats présentés dans cet article sont issus d’une deuxième vague d’enquête (1) commune à ADA et la Fondation Grameen Crédit Agricole, Inpulse ayant choisi de se joindre à l’initiative une fois sur deux. Les réponses ont été collectées entre le 18 juin et le 1er juillet auprès de 108 institutions de microfinance (IMF) principalement issues des régions Amérique latine et Caraïbes (LAC-46%), Afrique subsaharienne (SSA-29%), Asie (14%) et Europe de l’est et Asie centrale (EAC-10%), une seule IMF de la région Moyen-Orient Afrique du Nord (MENA) étant représentée. Ce panel d’IMF répondantes est relativement diversifié en termes de taille, avec 49% d’IMF Tier 2 (2), 35% d’IMF Tier 3 et 16% d’IMF Tier 1, réparties par région comme représenté dans la Figure 1.

Figure 1. Répartition des IMF répondantes par région et par Tier

MENA Tier 2

En résumé :

Cette nouvelle vague d’enquête montre que la crise à laquelle sont actuellement confrontées les IMF révèle leurs forces et faiblesses structurelles spécifiques à leur taille : les plus grandes IMF (les Tier 1) apparaissent mieux armées pour résister aux difficultés financières provoquées par la crise sanitaire et les mesures d’endiguement de l’épidémie, pour prendre des mesures de gestion de crise et pour avoir recours aux mesures spécifiques mises en place par leurs autorités locales. En revanche, les IMF de taille plus modeste (Tier 2 & 3) sont plus à même d’offrir par elles-mêmes des services autres que financiers à leurs clients pour les aider à faire face à la situation, et sont désireuses de développer encore davantage les services non financiers à l’avenir. Plus généralement, si elles envisagent de lancer de nouveaux produits ou services, c’est avant tout pour répondre aux besoins de leurs clients plus que pour rester conformes à leur stratégie ou réduire les risques. Ainsi, si les plus grandes IMF semblent plus résilientes en temps de crise, les plus petites ne sont pas en reste et demeurent fidèles à leur forte mission sociale. C’est aussi une véritable force pour ces institutions, qu’il ne faudra pas oublier au profit de structures plus autonomes en cette période de crise.

Les plus grandes IMF sont moins sujettes aux difficultés financières…

Depuis le mois de juin, les mesures d’endiguement de l’épidémie s’assouplissent dans certaines régions, notamment en Europe de l’est, Asie centrale et en Afrique subsaharienne. Par conséquent, les difficultés opérationnelles auxquelles font face les institutions de microfinance diminuent dans ces régions par rapport à mai (3), alors qu’elles continuent de se faire sentir dans la région d’Amérique latine et Caraïbes où les mesures d’endiguement sont toujours en place, et où une proportion plus importante d’IMF a donc toujours des difficultés pour se déplacer, rencontrer les clients dans les agences, et donc à débourser les prêts et collecter les remboursements, comme représenté dans la Figure 2. Par exemple, 76% des IMF de la région Amérique latine et Caraïbes déclarent que leur personnel rencontre des difficultés pour se déplacer, contre 23% des IMF d’Afrique subsaharienne.

Figure 2. Difficultés opérationnelles rencontrées par les IMF par région

Comme expliqué dans notre précédent article, ces difficultés opérationnelles se répercutent sur le portefeuille et sa qualité pour toutes les IMF. Néanmoins, les difficultés financières qu’elles impliquent ne se font pas ressentir de la même manière en fonction de la taille des IMF. En effet, les plus grandes IMF apparaissent globalement moins confrontées à ce type de problématique, avec des proportions moins importantes d’IMF Tier 1 qui déclarent avoir des difficultés à rembourser leurs financeurs (12% contre 22,5% des IMF Tier 2 et 3), avoir des fonds propres insuffisants pour faire face à crise (6% contre 29% des IMF Tier 2 et 3) ou faire face à un manque de liquidités (12% contre 29% en moyenne pour les IMF Tier 2 et 3), comme représenté dans la Figure 3. Les IMF Tier 1 semblent ainsi mieux armées que les autres pour résister aux conséquences de la crise sur leur situation financière.

Figure 3. Difficultés financières rencontrées par les IMF selon leur taille

Si l’augmentation du portefeuille à risque reste la première difficulté rencontrée pour toutes les IMF, cette augmentation se matérialise différemment en fonction de leur taille. Ainsi, elle semble moins forte pour les IMF Tier 1 que pour les autres, comme représenté dans la figure 4 : seules 12% des IMF Tier 1 déclarent que leur portefeuille à risque à 30 jours a doublé ou plus que doublé par rapport à fin 2019, contre 44% des IMF Tier 2 et 57% des IMF Tier 3. A l’inverse, 35% des IMF Tier 1 déclarent que cet indicateur est resté stable ou a diminué, contre 17% des IMF Tier 2 et 8% des IMF Tier 3.

Figure 4. Evolution du PAR30 des IMF par rapport à fin 2019 selon leur taille

… et plus à même de mettre en place des solutions de gestion de crise…

Dans la plupart des pays, des mesures gouvernementales ont été mises en place afin de permettre aux institutions de microfinance de mieux faire face à la crise. Néanmoins, toutes les IMF ne déclarent pas en bénéficier. Si le recours à ces mesures varie en fonction de la région, très probablement en raison d’une communication et d’une mise en place variables selon les pays (les IMF de la région Asie sont par exemple relativement plus nombreuses à déclarer bénéficier d’un certain nombre de mesures), la localisation géographique ne semble pas être le seul facteur déterminant du bénéfice de certaines mesures gouvernementales : les IMF de plus grande taille sont aussi plus susceptibles d’en bénéficier, comme représenté dans la figure 5.

Figure 5. Mesures gouvernementales dont les IMF déclarent bénéficier, selon leur taille

Cet effet « taille » est réel dans la mesure où il ne s’explique pas par une répartition spécifique des IMF par région. Par exemple, concernant le report ou l’annulation de paiement de taxes et la non-provision des prêts affectés par le Covid-19, l’analyse par région montre que les IMF d’Asie sont relativement plus nombreuses à déclarer en bénéficier alors que les IMF Tier 1 sont minoritaires dans la région. De la même manière, concernant la fourniture de lignes de liquidités, les IMF d’Afrique subsaharienne sont parmi les plus nombreuses à déclarer en bénéficier alors que les IMF Tier 1 y sont très peu représentées.

En ce qui concerne les mesures opérationnelles et de gestion de crise mises en place, là encore le type de mesure prise varie en fonction de la taille des IMF (Figure 6) : 100% des IMF Tier 1 de l’échantillon déclarent par exemple restructurer les prêts des clients, contre 69% en moyenne des autres IMF. Elles sont aussi relativement plus nombreuses à discuter avec l’autorité de contrôle pour éventuellement déroger aux règles prudentielles pendant la crise. A l’inverse, les IMF Tier 3 sont moins susceptibles d’avoir actualisé leur plan de liquidité ou d’avoir mis en place de nouvelles solutions digitales.

Figure 6. Mesures opérationnelles et de gestion de crise prises par les IMF selon leur taille

…mais les petites IMF restent à l’écoute des besoins de leurs clients

En revanche, malgré les difficultés qui se posent à elles, les IMF de plus petite taille restent à l’écoute des besoins de leurs clients : elles sont par exemple aussi nombreuses que les IMF Tier 1 à avoir lancé des enquêtes auprès des clients pour mieux comprendre l’impact de la crise (Figure 7). D’autre part, si elles ont été moins à même de décaisser des prêts d’urgence à leurs clients, elles ont en revanche davantage mis en place de mesures allant au-delà de leur activité principale pour mieux répondre aux besoins de leurs clients face à la crise sanitaire. Elles sont par exemple relativement plus nombreuses à avoir lancé des campagnes de sensibilisation sur les questions d’hygiène ou avoir mis à disposition des kits d’urgence pour les clients. Les IMF de grande taille semblent avoir été moins enclines à instaurer elles-mêmes ce type de services directs aux clients et se sont davantage reposées sur des partenariats avec des structures spécialisées.

Figure 7. Mesures de réponse à la crise pour les clients selon la taille des IMF

Les IMF Tier 1 sont globalement plus nombreuses à déclarer envisager lancer de nouveaux produits ou services à moyen terme ; avec des contraintes financières plus réduites comme montré précédemment, ces IMF ont probablement plus de marge de manœuvre pour travailler dans ce sens (Figure 8). En particulier, si globalement peu d’IMF envisagent de lancer des produits de micro-assurance à l’avenir, ce sont les IMF Tier 1 qui sont les plus susceptibles de le faire. Elles sont également plus nombreuses à souhaiter cibler davantage l’agriculture ou lancer de nouveaux produits et services digitaux. En revanche, les IMF de plus petite taille envisagent tout autant mettre en place des services non-financiers, qu’il s’agisse d’éducation financière ou de « Business Development Services ».

Figure 8. Nouveaux produits, services ou marchés vers lesquels les IMF envisagent de s’orienter à moyen terme, selon leur taille

Des variations entre IMF de différentes tailles ressortent à nouveau lorsque l’on s’intéresse aux motivations des IMF à s’orienter vers de nouveaux marchés ou développer de nouveaux produits ou services (Figure 9). Ainsi, parmi celles qui ont déclaré vouloir lancer au moins un nouveau produit ou service et précisé leurs motivations (76 IMF parmi les 108 répondantes à l’enquête), la volonté de répondre aux nouveaux besoins des clients et/ou de suivre les nouvelles tendances du marché est citée relativement plus souvent par les IMF Tier 3 que par les autres ; à l’inverse, elles sont moins à nombreuses à justifier ce choix par le fait que cela soit conforme à leur plan stratégique ou par la volonté de réduire les risques.

Figure 9. Principales motivations des IMF pour s’orienter vers de nouveaux marchés, produits ou services, selon leur taille

L’attention portée par les IMF de plus petite taille aux besoins de leurs clients sera probablement l’une de leurs forces en cette période de crise.

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(1) Les résultats de la première vague d’enquête auprès des partenaires de ADA, Inpulse et la Fondation Grameen Agricole sont accessibles ici : //www.findevgateway.org/paper/2020/06/beyond-difficulties-posed-covid-19-crisis-new-opportunities-are-emerging-microfinance
(2) Les Tiers sont définis en fonction de la valeur des actifs totaux, avec une valeur des actifs totaux supérieure à 50 millions USD pour les IMF Tier 1, comprise entre 5 et 50 millions USD pour les Tier 2, et inférieure à 5 millions USD pour les Tier 3.
(3) Voir les résultats de la première vague d’enquête accessibles via le lien cité ci-dessus.

Une coalition internationale pour protéger les institutions de microfinance et leurs clients dans la crise du Covid-19

©Philippe Lissac

A l’initiative de la Fondation Grameen Crédit Agricole, un groupe de bailleurs de fonds et de plateformes de la microfinance a travaillé sur un ensemble de principes pour mieux soutenir le secteur de la microfinance dans la crise sanitaire et économique provoquée par le Covid-19. Fondation Grameen Crédit Agricole, ADA, Alterfin, Cerise, CIDR Pamiga, Cordaid Investment Management, Crédit Agricole CIB Inde, CA Indosuez Wealth (Asset Management), European Microfinance Network, FS Impact Finance, InFiNe.lu, Inpulse, Luxembourg Microfinance And Development Fund, MCE Social Capital, Microfinance Center, Rabo Foundation, SIDISIMA et Social Performance Task Force sont les premiers signataires d’un engagement commun qui vise à soutenir les institutions de microfinance et les clientèles fragiles pendant cette crise.

A l’échelle mondiale, les institutions de microfinance fournissent des produits et des services financiers et non financiers à plus de 140 millions de clients à faible revenu [1]. La microfinance joue un rôle essentiel dans le financement d’activités génératrices de revenus dans le secteur formel mais également dans le secteur informel. Dans le contexte de la crise du Covid-19, les microentreprises de l’économie informelle et les petites entreprises forment une pièce maîtresse dans la reprise économique et sociale.  Soutenir les institutions de microfinance dans ce contexte revêt dès lors une importance capitale pour protéger leurs emprunteurs les plus vulnérables.

Face à ces enjeux, un groupe de bailleurs et plateformes de la microfinance ont relevé le défi et établi un engagement commun : « Principes clés pour protéger les institutions de microfinance et leurs clients dans la crise du Covid-19 ». Il vise à guider les bailleurs et les autres parties prenantes afin de mieux soutenir les institutions de microfinance et les clientèles fragiles pendant cette crise. Il s’inspire des meilleures pratiques et des outils du secteur de la microfinance, tels que les travaux effectués par le Social Performance Task Force [2] et les principes d’IAMFI sur le rééchelonnement de la dette en microfinance [3].

Les principes fondamentaux de cet engagement sont la mise en commun des informations, analyses et anticipations disponibles ainsi que la mise en œuvre concertée des décisions partagées. Les signataires conviennent de coordonner les politiques, l’assistance technique et les ressources afin d’aider les institutions de microfinance à faire face à la crise. L’objectif est de protéger aussi bien les institutions de microfinance que leurs clients pour garantir un accès continu au financement dans les meilleures conditions possibles et veiller au bien-être des clients et du personnel.

Étant donné que les obligations et mandats individuels peuvent influer sur la manière dont les dispositions de l’engagement sont mises en œuvre, il ne s’agit pas d’un accord juridiquement contraignant. Ce n’est pas un document figé ; il pourrait être amélioré si besoin pour mieux répondre à l’évolution de la crise. Les signataires de l’engagement maintiendront une communication ouverte avec leurs pairs, pour partager leurs décisions et pour se conformer à ces principes.

Les signataires invitent d’autres parties prenantes à se joindre à cette initiative commune et engagée. L’implication des acteurs privés, publics et solidaires est au cœur du suivi et du soutien aux actions des institutions de microfinance au niveau mondial. Il est essentiel de renforcer l’impact de l’inclusion financière pour lutter contre la pauvreté dans ce contexte sans précédent.

Télécharger l’engagement

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[1] Baromètre de la microfinance 2019
[2] //sptf.info/resources/covid19
[3] Charting the Course: Best Practices and Tools for Voluntary Debt Restructurings in Microfinance, IAMFI, Morgan Stanley, 2011. The document is available on Findev Gateway  

[Interview] CA Centre-est renforce son soutien à l’opération Centimes solidaires

Interview d’Aurélie Bellemin, Directrice, Fondation Solidarités by CA Centre-Est

©FGCA

Au sein de groupe Crédit Agricole, Centimes solidaires prend son envol. Après une première édition réussie en 2018 sur les Campus de Montrouge et Saint-Quentin, la nouvelle édition s’est déroulée du 18 au 22 novembre 2019. Organisée par la Fondation Grameen Crédit Agricole, Crédit Agricole S.A. et CA Centre-est, l’opération a changé d’échelle et s’est étendue aux trois restaurants d’entreprise du CA Centre-est Lyon-Champagne-au-Mont-d’Or, Bourg-en-Bresse et Mâcon).

Avec plus de 8 600 € collectés sur l’ensemble des sites, les fonds financeront le programme ICI d’Entrepreneurs du Monde qui accompagne des projets d’entrepreneuriat portés par des réfugiés, des parents isolés et des personnes sans domicile fixe.

— Qu’est-ce que l’opération Centimes solidaires ?

Aurélie Bellemin, Déléguée générale : C’est une belle aventure collective au sein du Crédit Agricole pour financer des projets à impact social. Sur 5 sites du Groupe, les collaborateurs peuvent, s’ils le souhaitent, effectuer un don de 50 centimes (ou plus !) lorsqu’ils passent en caisse au moment de payer leurs repas dans les restaurants collectifs. Le bel accueil reçu par l’initiative en 2018 à Montrouge et Saint-Quentin a incité CA Centre-est à s’associer à l’opération et à l’organiser sur nos trois sites  en 2019.

— Quel bilan tirez-vous de cette édition ?

La générosité des collaborateurs, de notre prestataire et de la Caisse régionale a permis de collecter 1360 €, complétés par un abondement de la caisse régionale. Centimes solidaires est une action qui diffuse l’esprit mutualiste propre au Crédit Agricole. Les collaborateurs participent et se sentent concernés par les effets concrets de l’opération.

— Justement, à quoi sont employés les fonds collectés ?

Pour la seconde année, nous reversons la collecte à l’ONG Entrepreneurs du Monde pour financer son projet Incubation, Création, Inclusion (ICI), un programme qui vise à aider l’insertion des personnes fragilisées grâce à la création de microentreprises. Les bénéficiaires sont formés et accompagnés par des bénévoles et des experts pour concrétiser des projets professionnels, avec un accent mis sur le numérique d’une part et sur la restauration durable d’autre part. Grâce aux dons de 2018, une quarantaine de formations ont déjà été financées.

— Avez-vous des exemples de bénéficiaires ?

Oui, lors du lancement de l’opération en novembre, les collaborateurs du Crédit Agricole de Montrouge et de Lyon ont rencontré Rania, soutenue via Centimes solidaires, venue nous présenter le projet entrepreneurial qu’elle a créé. Rania est une réfugiée syrienne qui a réussi grâce à l’accompagnement d’Entrepreneurs du Monde, à lancer son activité de traiteur à base de spécialités syriennes. Ce type de rencontre aide à changer de regard sur les réfugiés et à comprendre, qu’au-delà des idées reçues, il s’agit de destins humains inspirants.

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Source : Rapport intégré 2019, Fondation Grameen Crédit Agricole. A télécharger ici

Voir la Vidéo Centimes Solidaires

[Interview] Palmis Enèji : pour une énergie propre et accessible en Haïti

Interview de Jean-Farreau Guerrier, Coordinateur, Entrepreneurs du Monde Haïti

©Nicolas David

L’accès à une énergie propre est essentiel pour répondre aux besoins des populations, notamment dans les zones rurales ou enclavées. En Haïti, l’entreprise sociale Palmis Enèji, dont la Fondation est actionnaire, apporte une solution avec des équipements de cuisson et d’éclairage écologiques et économiques. Coordonné par l’ONG Entrepreneurs du Monde, le projet poursuit son développement. Il a notamment bénéficié d’une mission Banquiers solidaires via la Fondation dans la perspective d’une prochaine levée de fonds.

– Présentez-nous Palmis Enèji. En quoi est-ce une entreprise sociale adaptée en Haïti ?

Jean-Farreau Guerrier, coordinateur : Palmis Enèji est une entreprise sociale haïtienne spécialisée dans la distribution et la maintenance d’équipements propres pour la cuisson et l’éclairage destinés aux ménages les plus en difficulté en Haïti. Dans notre pays, la situation est critique et rend l’action nécessaire. Déjà parmi les plus pauvres de la planète, Haïti traverse une crise qui affecte durement sa population. Les manifestations de rue sont fréquentes, la situation sécuritaire se dégrade, certaines zones sont complètement inaccessibles. Touchés par une inflation de près de 20 %, les ménages perdent en pouvoir d’achat, 62 % d’entre eux restent privés d’accès à l’électricité et jusqu’à 85 % en zones rurales. En conséquence, les familles s’éclairent à la bougie ou au kérosène et cuisent au charbon de bois. Avec ses réchauds et ses lampes solaires, Palmis Enèji propose des solutions pour remplacer ces méthodes rudimentaires.

– Quels sont les impacts socio-économiques de vos actions ?

Grâce à des partenariats avec des institutions de microfinance, Palmis Enèji propose des solutions de financement qui facilitent l’acquisition des équipements. De nombreux ménages et professionnels se convertissent ainsi à la cuisson au gaz GPL, bien moins nocive que la cuisson au charbon de bois. Les familles les plus démunies vivant en zones rurales n’ont quasiment pas accès au GPL, elles utilisent alors nos réchauds à charbon amélioré, qui consomment 20% à 30% de moins que des réchauds traditionnels. Nos lampes solaires les fournissent aussi en lumière, un éclairage plus sain et plus confortable que la bougie. Ces solutions permettent aux familles les plus démunies de réaliser des économies tout en réduisant leur empreinte écologique : nous estimons avoir contribué à épargner plus de 153 000 tonnes de bois de forêt et à réduire de plus de 203 000 tonnes les émissions nocives de CO2. Enfin, Palmis Enèji soutient l’activité économique avec un réseau de microentreprises franchisées. Les paroles d’un de nos revendeurs témoignent de l’utilité sociale : « Je suis fier de voir la lumière briller dans nos familles. »

– Quels prochains développements envisagez-vous ?

Nous poursuivons l’objectif fort de rendre accessible à tous et dans chaque village nos équipements bénéfiques pour la santé et pour l’environnement. Pour cela, nous donnons priorité à trois chantiers : l’accès au GPL grâce à des centres de distribution dans le centre du pays et dans le département de la Grande-Anse ; le développement du service après-vente et la diversification de notre gamme de produits.

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Source : Rapport intégré 2019, Fondation Grameen Crédit Agricole. A télécharger ici

La Fondation Grameen Crédit Agricole publie son Rapport intégré 2019

©Philippe Lissac

Pour la troisième année consécutive, la Fondation a connu une croissance dynamique de son activité : l’encours a atteint 96 millions d’euros au profit de 75 institutions de microfinance et 12 entreprises sociales dans 39 pays. L’entreprenariat féminin et le développement des économies rurales sont au cœur de l’action de la Fondation : 85% des clients des institutions financées sont des femmes et 78% vivent en milieu rural.

Des partenariats renforcés

En 2019, la Fondation a réaffirmé sa position de levier auprès du groupe Crédit Agricole dans la promotion de la finance inclusive. Travaillant déjà en étroite collaboration avec le Crédit du Maroc et le Crédit Agricole Égypte, la Fondation s’est associée à la Crédit Agricole CIB en Inde pour soutenir les institutions de microfinance indiennes. Le Fonds pour la Finance Inclusive en Milieu Rural (FIR) a réuni pas moins de 21 Caisses régionales, ainsi qu’Amundi et Crédit Agricole Assurances. Par ailleurs, Banquiers solidaires, le programme de volontariat du Crédit Agricole en faveur des partenaires de la Fondation, a clôturé une première année de succès : depuis le lancement du programme en 2018, 13 missions ont été lancées, pour un total de 123 jours consacrés à des missions.

L’année dernière, la Fondation a également développé de nombreux projets avec des partenaires institutionnels et techniques. Le programme avec l’Agence Française de Développement (AFD) est dans sa deuxième phase et soutient 22 institutions de microfinance en Afrique Subsaharienne. La Fondation a également reçu un prêt de la Banque européenne d’investissement d’un montant de 12 millions d’euros équivalent en Francs CFA et un financement pour développer un programme d’assistance technique afin de soutenir la microfinance en Afrique de l’Ouest.

En 2020, la Fondation continuera à travailler avec ses partenaires pour soutenir l’entrepreneuriat à impact et l’inclusion financière. Face à la crise du Covid-19, la Fondation organise son action avec d’autres bailleurs de fonds, en adaptant les plans de financement et d’assistance technique pour renforcer les capacités des organisations soutenues. 2020 sera une année marquante et la Fondation continuera à contribuer à la lutte contre la pauvreté, avec ambition et engagement.

Télécharger le Rapport

Le digital et le secteur de la microfinance face à la crise sanitaire

Par Fondation Grameen Crédit Agricole

La mise en place d’un observatoire dédié au suivi des effets de la crise sanitaire en relation avec 80 institutions de microfinance (IMF) et entreprises de social business partenaires dans une quarantaine de pays émergents nous permet de collecter régulièrement des informations pour les partager et en tirer les meilleurs enseignements.

Cette semaine nous avons plus particulièrement suivi la façon dont les institutions de microfinance utilisaient les canaux digitaux pour pallier à leur difficulté de contact direct avec les emprunteurs qui ont lieu traditionnellement soit en agence, soit lors des réunions de groupe ou bien encore, lors des décaissements de fonds (la microfinance utilise très majoritairement des espèces lors de la remise des sommes empruntées) ou du suivi des projets financés.

Dans notre enquête menée début avril, 68% des institutions de microfinance partenaires indiquent avoir accru l’utilisation des canaux digitaux pour pallier aux difficultés de contact, en conséquence des mesures de confinement ou d’interdiction de réunions de groupe. Cette croissance forte des usages que l’on observe dans le secteur de la finance traditionnelle s’observe donc également dans le secteur de la microfinance dont l’industrie s’adapte à marche forcée.

Les moyens technologiques et les processus incluant des outils digitaux sont en train d’être rapidement développés par des Institutions de toutes tailles (les plus petites ayant des tailles de portefeuille clients inférieures à 10 millions de $, les plus grandes dépassant très largement les 100 millions de $). Depuis le début de la crise, les institutions produisent des plans de continuité d’activité, base de nouvelles discussions et d’échanges avec leurs bailleurs de fonds, dans lesquels elles y incluent très fréquemment des nouveaux usages digitaux.

Pour la plupart des Institutions, la première étape est celle de la sensibilisation des clients à la possibilité d’utiliser des moyens de paiement à distance. Cette étape est mise en œuvre par l’intermédiaire de messages SMS (particulièrement adaptés pour des couvertures réseau en 2G) mais également par les réseaux sociaux, lorsque le réseau téléphonique le permet.

« [Nous] encourageons les clients par SMS à utiliser les plateformes d’argent mobile pour les remboursements car c’est le mode le plus sûr pour le moment » – IMF en Ouganda

« [Nous] commençons à informer les clients par les médias sociaux et les SMS sur la possibilité de remboursement via les terminaux, les portefeuilles mobiles et les services bancaires par Internet » – IMF au Tadjikistan

Pour les nombreuses IMF qui ne l’avaient pas encore dans leur gamme de services, le premier processus qui a été rapidement développé au début de cette crise sanitaire est celui du paiement des échéances par monnaie électronique. Cette pratique de paiements à distance est encouragée par de nombreux régulateurs, c’est notamment le cas de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) pour les pays sous son autorité ou de la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui a décidé la réduction des frais de transfert et d’utilisation de cette forme de monnaie. Cette mise en place de paiement à distance est accompagnée d’envois massifs de messages d’information à destination des clients pour leur expliquer ces nouvelles modalités.

« Nous envoyons de nombreux SMS à nos clients pour leur rappeler comment utiliser le code de l’argent mobile pour effectuer leurs remboursements de prêt ainsi que la hotline qu’ils peuvent appeler pour obtenir de l’aide ou se plaindre » – IMF en Ouganda

Ces services à distance permettent aux clients de payer leurs échéances sans avoir à se déplacer (et donc à utiliser les transports en commun) en utilisant le réseau des kiosques de paiement des opérateurs téléphoniques généralement dense et présents y compris en zones rurales.

La mise en place de ces moyens de paiement autorise également, désormais, le décaissement de prêts sur les portefeuilles électroniques des clients, ceux-ci se déplaçant dans ces mêmes kiosques non pas pour payer leurs échéances mais pour obtenir le décaissement en espèces de leurs microcrédits. En période de confinement, l’utilisation de la monnaie électronique permet donc de poursuivre l’activité de financement.

« L’Autorité monétaire palestinienne exhorte les Institutions de microfinance à octroyer des prêts à taux d’intérêt réduits pour financer des projets générateurs de revenus par le biais des canaux digitaux » – IMF en Palestine

Pourtant, de façon étonnante, cette crise est vécue par certaines institutions comme une véritable opportunité d’accélérer la mise en place de plateformes digitales et le lancement de nouveaux services pour gagner en optimisation opérationnelle voire même en excellence relationnelle. Pour les dirigeants des Institutions partenaires, devoir investir dans les outils digitaux pour des raisons aujourd’hui « vitales » pour leurs institutions leur semble être un moyen d’accélérer des plans d’investissement auxquels ils songeaient avant la survenance de la crise. Elle leur permet ainsi d’engager sans attendre la modernisation de leur modèle de distribution et de leur processus, ce qui n’a pas manqué de nous étonner très favorablement bien que nous connaissions la vitalité et la capacité d’innovation de nos partenaires.

« Cela avait été envisagé avant le problème du COVID […]. Cependant, des discussions sont maintenant en cours concernant la possibilité de lancer [la solution de paiement mobile] accessible à tous les clients » – IMF au Sri Lanka

« Dans des moments comme celui-ci, où tout peut être considéré comme un vecteur de transmission du virus, il est prudent de diminuer la manipulation des espèces. [Nous] avons donc profité de cette crise pour améliorer [notre plate-forme digitale] afin de détecter les lacunes et de réduire les failles de notre système » – IMF au Ghana

Les économies de certains pays qui étaient déjà fortement digitalisées, comme en Afrique de l’Est par exemple, semblent offrir une plus grande résilience aux effets de la crise. Les institutions de microfinance opérant dans ces zones affichent en effet une agilité d’adaptation remarquable. A titre d’exemple, l’économie kenyane, particulièrement ouverte aux opérations de paiement, de financement et d’investissement par le biais de porte-monnaie électroniques fonctionne selon des usages à distance qui minimise les risques de propagation du virus.

« Le Kenya est mieux préparé que les autres pays en raison de la forte pénétration de l’argent mobile. Le concept est largement utilisé par la population » – IMF au Kenya

De nombreuses institutions nous disent qu’elles seront plus structurées et plus efficaces au lendemain de cette crise. Ces expériences, quelquefois vitales pour poursuivre leur activité, leur paraissent très utiles pour envisager des gains de performance opérationnelle dans le futur.

« Notre équipe a adapté notre application mobile pour ajouter une fonctionnalité permettant de demander à distance la restructuration d’un prêt. […] Nous avons introduit un nouveau critère dans notre outil de surveillance – «urgence (coronavirus)», ce qui signifie que les agents de crédit devront surveiller leurs clients à distance, obtenir des informations et saisir des données de surveillance dans le logiciel » – IMF au Kazakhstan

« Notre nouvelle stratégie se concentre sur la transformation de [notre] mode de fonctionnement actuel pour adopter davantage de solutions numériques, réduire le besoin d’interactions physiques entre les employés et les clients et remplacer les transactions en espèces par des fonctionnalités de paiement mobile » – IMF en Géorgie

Ces effets positifs de la digitalisation obtenus grâce à des évolutions menées à marche forcée par les institutions de microfinance se retrouvent également dans les entreprises sociales de notre portefeuille de participations. La digitalisation des processus opérationnels est un moyen de lutter très efficacement contre les contraintes du confinement pour ses entreprises qui ont à traiter directement avec le public ou avec des fournisseurs de matières premières. C’est le cas par exemple d’une entreprise sénégalaise qui, grâce au paiement digital, voit ses activités de collecte de lait et de vente de produits laitiers se poursuivre et générer une croissance qui dépasse les prévisions.

Pour une autre entreprise sociale, spécialisée dans le traitement de l’eau potable, la crise sanitaire a également conduit au développement de livraison d’eau à domicile consécutivement à une commande en ligne.

Nos partenaires sont conscients que le recours aux solutions digitales n’est pas une solution globale pour répondre à toutes les questions soulevées par cette crise systémique. Ils s’attendent en effet à ce que leurs clients et leurs opérations rencontrent des problèmes de relance économique auquel le digital ne pourra être que d’une aide parfaitement relative. Malgré l’usage de plus en plus intensif des canaux digitaux, l’activité commerciale des Institutions de microfinance ralentit. Elles se concentrent toutes sur l’accompagnement de leurs clientèles en prenant soin de faire face, tout en conservant une maitrise du risque et une bonne qualité opérationnelle, aux demandes de reports d’échéances de plus en plus nombreuses.

Dans certaines zones, les autorités de tutelle ont émis des directives ou de fortes recommandations pour que les IMF octroient des moratoires à leurs clients pouvant durer plusieurs mois ce qui imposent une activité très importante aux institutions.

Pour autant, dans la majorité des témoignages que nous avons recueillis, la crise sanitaire est perçue comme une séquence qui impose aux différents Comités de direction de nos partenaires une réflexion profonde sur leur performance opérationnelle sous contrainte. Les expériences vécues et les solutions trouvées pour faire face à la crise sanitaire seront très utiles pour « le jour d’après », nos partenaires en sont persuadés.

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